
Il y a de cela, oh ! des années-lumière, ma curiosité m’incita à rencontrer le fondateur de « Mieux Vivre ». Jusqu’alors, je ne connaissais le personnage qu’au deuxième voire troisième degré et, à ces niveaux de perception, tout semblait nous séparer.
Pensez ! Je crains, comme Descartes, que mon entendement qui est fini, ne puisse comprendre l’infini. Aussi, depuis plus de quatre décennies, je traque le goût du merveilleux chez mes semblables, ce goût du merveilleux dont certains disent que le sens du sacré et du religieux ne serait qu’un avatar …
Et lui, disait-on se complaisait dans l’irrationnel !
Bref, quand je le vis, je constatai une fois encore à quel point la « vox populi » est trompeuse car je reconnus aussitôt en Clément Devincre ce que nous appelions, dans les années « Planète », un rôdeur des frontières du savoir. « Un de ces esprits remuants et audacieux qui semblent être nés pour changer le monde » aurait dit Bossuet.
Du coup, je m’attachai à ses pas, ce qui me valut d’entendre de l’exceptionnel, du bon, du moins bon, de l’indigent et du frelaté. C’est là le lot commun de toutes les sociétés de confrontation d’idées.
Le bilan étant cependant positif, je persistai avec joie.
Et voilà qu’un jour, j’appris que, cédant à des pressions affectives, Clément Devincre allait embarquer, non pas pour Cythère, comme aurait pu le laisser supposer l’une de ses inclinations souvent vérifiée, mais pour l’Egypte. Et que les choses soient claires ! Ce n’était pas pour une croisière de style « grand tourisme international ». Non ! Il s’agissait de la découverte des Chrétiens d’Orient.
Quel que fût son enthousiasme à rencontrer les moines coptes du désert et à partager leur vie durant deux semaines, j’ai peine à croire qu’il put, alors, deviner les conséquences de cette aventure …
J’aime l’imaginer se souvenant de Victor Hugo qui, après avoir achevé la lecture de « L’itinéraire de Paris à Jérusalem », écrivait sur son cahier d’écolier : « Je veux être Châteaubriant ou rien ! » Et là, dans l’esprit du sage de la rue des Saules, une idée aurait pu germer.
Lui, qui a « sensiblement » le même âge que l’adolescent, futur père des Orientales jetait, au-delà du cours du temps, ce défit au beau René : « Eh bien, moi, Clément, j’écrirai à mon retour un Itinéraire de Saint Just au Sinaï. »
Il partit donc, et il revint …
A son retour, je constatai sans le lui dire, que notre pèlerin était autre … A l’écouter me narrer son odyssée, je retrouvai les accents de Montesquieu constatant avec admiration que la religion Chrétienne, qui ne semble avoir d’objet que la félicitée dans l’autre vie, fait déjà notre bonheur dans celle-ci …
Lisez ce texte ! Vous découvrirez dans cette relation de voyage quelques pas sur le monastère de Sainte Catherine. Ce passage est la partie essentielle, le « substratum » des philosophes. Une perle enchâssée ! Ce bijou constitue, dans le parcours initiatique de notre ami, une étape … peut-être l’ultime. Originellement, initier c’est faire mourir, sortir, franchir une porte donnant ailleurs. A la sortie succède une entrée.
Depuis son retour, Clément a franchi le mythique rideau de feu qui sépare le profane du sacré. Il a été transformé. Il a changé. Que l’on me pardonne un tic, ce propos d’analyste : Clément est passé de la parole enclose à la parole parlante.
En gravissant, dans la souffrance, le rude chemin qui conduisait au monastère, notre ami passait de l’état profane à l’état de sainteté. Ce n’était pas son choix, il avait été choisi. Par sa mort initiatique, au sens où Saint Paul l’exige des Chrétiens, il construisait son corps glorieux, pénétrait l’Eternité.
Car, l’immortalité ne suit pas la mort, elle l’a devance en se construisant dans le temps par les épreuves, « elle est le fruit de la mort initiatique ».
Cette transformation fait-elle de lui un médium du divin ? Je ne suis pas loin de le penser mais, à présent, c’est à vous de juger !
N’empêche ! Quelle leçon pour moi qui refusait d’adhérer au concept des « cross-roads of futiribles … ». En fait, philosophe au petit pied, je me comporte comme les grands qui tendent, depuis toujours et avec une régularité affligeante, à considérer leur propre culture comme le point culminant de l’évolution historique de l’homme.
Plaise au Ciel que le voyage de Clément en pays Copte m’ait, au moins sur ce point, apporté un peu d’humilité.
Joseph Maria Sigward de Saint-Blasien, psychanalyste
Février 1995
Pensez ! Je crains, comme Descartes, que mon entendement qui est fini, ne puisse comprendre l’infini. Aussi, depuis plus de quatre décennies, je traque le goût du merveilleux chez mes semblables, ce goût du merveilleux dont certains disent que le sens du sacré et du religieux ne serait qu’un avatar …
Et lui, disait-on se complaisait dans l’irrationnel !
Bref, quand je le vis, je constatai une fois encore à quel point la « vox populi » est trompeuse car je reconnus aussitôt en Clément Devincre ce que nous appelions, dans les années « Planète », un rôdeur des frontières du savoir. « Un de ces esprits remuants et audacieux qui semblent être nés pour changer le monde » aurait dit Bossuet.
Du coup, je m’attachai à ses pas, ce qui me valut d’entendre de l’exceptionnel, du bon, du moins bon, de l’indigent et du frelaté. C’est là le lot commun de toutes les sociétés de confrontation d’idées.
Le bilan étant cependant positif, je persistai avec joie.
Et voilà qu’un jour, j’appris que, cédant à des pressions affectives, Clément Devincre allait embarquer, non pas pour Cythère, comme aurait pu le laisser supposer l’une de ses inclinations souvent vérifiée, mais pour l’Egypte. Et que les choses soient claires ! Ce n’était pas pour une croisière de style « grand tourisme international ». Non ! Il s’agissait de la découverte des Chrétiens d’Orient.
Quel que fût son enthousiasme à rencontrer les moines coptes du désert et à partager leur vie durant deux semaines, j’ai peine à croire qu’il put, alors, deviner les conséquences de cette aventure …
J’aime l’imaginer se souvenant de Victor Hugo qui, après avoir achevé la lecture de « L’itinéraire de Paris à Jérusalem », écrivait sur son cahier d’écolier : « Je veux être Châteaubriant ou rien ! » Et là, dans l’esprit du sage de la rue des Saules, une idée aurait pu germer.
Lui, qui a « sensiblement » le même âge que l’adolescent, futur père des Orientales jetait, au-delà du cours du temps, ce défit au beau René : « Eh bien, moi, Clément, j’écrirai à mon retour un Itinéraire de Saint Just au Sinaï. »
Il partit donc, et il revint …
A son retour, je constatai sans le lui dire, que notre pèlerin était autre … A l’écouter me narrer son odyssée, je retrouvai les accents de Montesquieu constatant avec admiration que la religion Chrétienne, qui ne semble avoir d’objet que la félicitée dans l’autre vie, fait déjà notre bonheur dans celle-ci …
Lisez ce texte ! Vous découvrirez dans cette relation de voyage quelques pas sur le monastère de Sainte Catherine. Ce passage est la partie essentielle, le « substratum » des philosophes. Une perle enchâssée ! Ce bijou constitue, dans le parcours initiatique de notre ami, une étape … peut-être l’ultime. Originellement, initier c’est faire mourir, sortir, franchir une porte donnant ailleurs. A la sortie succède une entrée.
Depuis son retour, Clément a franchi le mythique rideau de feu qui sépare le profane du sacré. Il a été transformé. Il a changé. Que l’on me pardonne un tic, ce propos d’analyste : Clément est passé de la parole enclose à la parole parlante.
En gravissant, dans la souffrance, le rude chemin qui conduisait au monastère, notre ami passait de l’état profane à l’état de sainteté. Ce n’était pas son choix, il avait été choisi. Par sa mort initiatique, au sens où Saint Paul l’exige des Chrétiens, il construisait son corps glorieux, pénétrait l’Eternité.
Car, l’immortalité ne suit pas la mort, elle l’a devance en se construisant dans le temps par les épreuves, « elle est le fruit de la mort initiatique ».
Cette transformation fait-elle de lui un médium du divin ? Je ne suis pas loin de le penser mais, à présent, c’est à vous de juger !
N’empêche ! Quelle leçon pour moi qui refusait d’adhérer au concept des « cross-roads of futiribles … ». En fait, philosophe au petit pied, je me comporte comme les grands qui tendent, depuis toujours et avec une régularité affligeante, à considérer leur propre culture comme le point culminant de l’évolution historique de l’homme.
Plaise au Ciel que le voyage de Clément en pays Copte m’ait, au moins sur ce point, apporté un peu d’humilité.
Joseph Maria Sigward de Saint-Blasien, psychanalyste
Février 1995
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